Ce détail d'un dessin de Victor Hugo représente une jeune femme assise, bras croisés, raide, indifférente.

VIII. Roman en trois sonnets

Roman en trois sonnets – Les références

Toute la lyreSixième partie : [L’Amour] ;
Collection Bouquins, Robert Laffont, Œuvres complètes de Victor Hugo, Poésie IV, p 389.

Roman en trois sonnets – L’enregistrement

Je vous invite à écouter Roman en trois sonnets, un poème du recueil Toute la lyre, de la Sixième partie : [L’Amour], de Victor Hugo.
Il est précédé de VII. Certe, elle n’était pas femme et charmante en vain… et suivi par le poème IX. Chanson.

Roman en trois sonnets


Roman en trois sonnets – Le texte

VIII
Roman en trois sonnets

I

Fille de mon portier! l’Érymanthe sonore,
Devant vous, sentirait tressaillir ses pins verts ;
L’Horeb, dont le sommet étonne l’univers,
Inclinerait son cèdre altier qu’un peuple adore ;

Les docteurs juifs, quittant les talmuds entr’ouverts,
Songeraient ; et les grecs, dans le temple d’Aglaure
Le long duquel Platon marche en lisant des vers,
Diraient en vous voyant: Salut, déesse Aurore !

Ainsi palpiteraient les grecs et les hébreux,
Quand vous passez, les yeux baissés sous votre mante ;
Ainsi frissonneraient sur l’Horeb ténébreux

Les cèdres, et les pins sur l’auguste Érymanthe;
Je ne vous cache pas que vous êtes charmante,
Je ne vous cache pas que je suis amoureux.

3 décembre.

II

Je ne vous cache pas que je suis amoureux,
Je ne vous cache pas que vous êtes charmante ;
Soit ; mais vous comprenez que ce qui me tourmente,
C’est, ayant le cœur plein, d’avoir le gousset creux.

On fuit le pauvre ainsi qu’on fuyait le lépreux ;
Pour Tircis sans le sou Philis est peu clémente,
Et l’amant dédoré n’éblouit point l’amante ;
Il sied d’être Rothschild avant d’être Saint-Preux.

N’importe, je m’obstine ; et j’ai l’audace étrange
D’être pauvre et d’aimer, et je vous veux, bel ange ;
Car l’ange n’est complet que lorsqu’il est déchu ;

Et je vous offre, Églé, giletière étonnée,
Tout ce qu’une âme, hélas, vers l’infini tournée,
Mêle de rêverie aux rondeurs d’un fichu.

9 décembre.

III

Une étoile du ciel me parlait ; cette vierge
Disait: – « Ô descendant crotté des Colletets,
J’ai ri de tes sonnets d’hier où tu montais
Jusqu’à la blonde Églé, fille de ton concierge.

« Églé fait – j’en pourrais jaser, mais je me tais –
Des rêves de velours sous ses rideaux de serge.
Tu perds ton temps. Maigris, fais des vers, brûle un cierge,
Chante-la ; ce sera comme si tu chantais.

Un galant sans argent est un oiseau sans aile.
Elle est trop haut pour toi. Les poètes sont fous.
Jamais tu n’atteindras jusqu’à cette donzelle. » –

Et je dis à l’étoile, à l’étoile aux yeux doux :
– Mais vous avez cent fois raison, mademoiselle !
Et je ferais bien mieux d’être amoureux de vous.

10 décembre.

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